sortie de la nano

NEW DELHI CORRESPONDANCE

Lundi 23 mars, devant les caméras de plus de 100 journalistes et un parterre de 1 000 invités triés sur le volet, la voiture la moins chère du monde, la Nano du groupe Tata, a été lancée à Bombay. Il y a six ans, la consigne donnée par le conglomérat indien à une centaine d'ingénieurs était simple : imaginer un "moyen de transport à quatre roues et à très bas coût - à 1 500 euros -", ou comment réinventer le concept de la voiture.

Avant même sa commercialisation, la Nano s'annonce déjà comme une petite révolution automobile. Dans sa conception, sa production et enfin sa distribution. De fait, de nombreuses pièces métalliques ont été remplacées par du plastique afin de rendre la voiture plus légère. Pour la première fois, des équipementiers, comme Bosch ou Delphi, ont été associés à la conception du véhicule. Le moteur, qui ne coûte que 800 dollars (584 euros), ne dépassera pas les 623 centimètres cubes. Et pour baisser les coûts de transport, la voiture sera livrée par kit à des intermédiaires dispersés en Inde, puis acheminés chez les concessionnaires. Enfin, la campagne de communication de la Nano, qui a déjà commencé sur Internet, n'a coûté que 35 000 euros, moins que le prix d'une Mercedes d'entrée de gamme. Les premières voitures devraient être livrées en juillet.

"Qu'est-ce que Detroit peut apprendre de la Nano ?" titrait le magazine américain Business Standard dans son édition du 18 mars. Tata est le premier groupe automobile à pénétrer un segment de marché jusqu'ici ignoré et abandonné par les autres constructeurs. Des millions de familles vivant dans les marchés émergents sont trop pauvres pour s'acheter une voiture à 5 000 dollars, et trop nombreuses pour s'entasser sur une moto à 1 000 dollars. Rien qu'en Inde ils sont entre 50 et 100 millions à avoir les revenus suffisants pour acquérir un véhicule à 1 500 euros, le prix du modèle de base de la Nano.

Mais la voiture la moins chère du monde devra être produite en grande quantité pour être rentabilisée. Or l'usine du Gujerat, d'une capacité de production annuelle de 250 000 véhicules, dans l'ouest du pays, n'est toujours pas prête. Elle ne devrait être opérationnelle qu'en 2010.

Au cours des dix-huit derniers mois, Tata apprit à ses dépens que ce qui est bon pour la Nano ne l'est pas toujours pour l'Inde. En octobre 2008, des centaines de paysans du Bengale-Occidental ont obligé le groupe à relocaliser son usine, déjà construite à 90 %. "Nano, no ! No !", avaient hurlé les manifestants, qui protestaient contre l'acquisition forcée de leurs terres par le gouvernement régional.

Pour 2009, Tata ne peut compter que sur son unité de production située près de Delhi. Elle ne peut livrer plus de 5 000 véhicules par mois. Pas plus de 50 000 "voitures du peuple" devraient être livrées cette année, alors que l'objectif annoncé par Ratan Tata, le président du groupe, en 2008, était d'atteindre les 250 000 ventes dès 2009, puis 500 000.

De tels volumes ont de quoi effrayer les défenseurs de l'environnement, dans un pays qui est déjà le troisième pollueur de la planète. "La Nano n'est pas une solution de transport viable pour l'Inde", avait réagi R. K. Pachauri, le directeur du Groupe intergouvernemental d'experts des Nations unies sur l'évolution du climat, au lendemain de la présentation de la Nano au Salon automobile de Delhi, en janvier 2008.

Mais avec d'aussi faibles marges de vente, Tata n'a pas d'autre choix que de miser sur les volumes. La baisse des cours de l'acier et des matières premières va soulager les coûts de production, mais il est difficile de prédire quelles seront les conséquences de la crise économique. Avec la raréfaction du crédit, des consommateurs risquent d'annuler leurs achats. Mais d'autres, qui se serrent la ceinture, pourraient se rabattre sur la voiture la moins chère du monde.

Pour Tata Motors, le succès de la Nano est crucial pour surmonter ses difficultés financières. Pour la première fois depuis sept ans, le constructeur a enregistré des pertes de 58,5 millions de dollars au dernier trimestre 2008. Et il doit rembourser 2 milliards de dollars de dettes en juin contractés pour l'acquisition des marques britanniques Jaguar et Land Rover pour 2,3 milliards de dollars.

Enfin, le retard du lancement de la Nano a donné aux autres constructeurs le temps de préparer leur riposte. Maruti, le premier constructeur automobile indien, détenu à 50 % par Suzuki, propose déjà un véhicule à 3 200 euros. Bajaj, le deuxième constructeur indien de deux roues, prépare la commercialisation d'un véhicule à 2 500 dollars avec Renault et Nissan, qui devrait voir le jour en 2011. Tata a besoin de voir grand, pour rentabiliser ses 350 millions de dollars d'investissement. Il pense déjà à conquérir l'Europe. Au dernier Salon automobile de Genève, son président, Ratan Tata, a déclaré qu'une Nano légèrement plus performante et plus robuste serait mise en vente en Europe à partir de 5 000 euros, en novembre 2010.

Prix de vente. 100 000 roupies (1 500 euros) pour le modèle de base.
Coût du projet. Entre 255 et 292 millions d'euros.
Production. En 2009, entre 3 000 et 5 000 voitures sont produites chaque mois dans une usine près de New Delhi. En 2010, 250 000 voitures sortiront de l'usine du Gujerat (ouest du pays).
Commercialisation. Les premières Nano seront livrées chez les concessionnaires indiens dans la première quinzaine d'avril.
Caractéristiques techniques :
- Nombre de passagers maximum : cinq.
- Consommation : 5 litres/100 km.
- Dimension : 1,5 m de largeur ; 3,1 m de longueur ; 1,6 m de hauteur.
- Moteur à deux cylindres, 623 cc.
- Vitesse maximale de 105 km/h.
Julien Bouissou
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