meetic

Le champion des rencontres sur Internet doit trouver de nouveaux relais de croissance. Un pari comme les aime cet autodidacte, épicurien et bosseur compulsif. Portrait.

Chaque coup dur m’a redonné la niaque», lance Marc Simoncini. Ça tombe bien. Les derniers mois n’ont pas été de tout repos pour le fondateur de Meetic, numéro 1 européen de la rencontre sur Internet. En janvier, il a fermé sa filiale chinoise, qui lui a coûté 20 millions d’euros en trois ans. Abandonné, aussi, son portail féminin, Vioo, deux mois après le lancement. Quant à la valeur boursière de son groupe, elle a fondu de 48% en un an. Mais, que l’on se rassure, la fortune professionnelle de ce Marseillais d’origine toscane, âgé de 45 ans, reste confortable, autour de 80 millions d’euros. Pour l’arrondir, il mise désormais sur une déclinaison de son site, Meetic Affinity, qui permet aux célibataires d’affiner leur recherche. Cette version premium de Meetic cartonne depuis six mois en France. «Le potentiel est énorme», s’enthousiasme Simoncini, qui compte la lancer cette année dans toute l’Europe.

Sa passion contrariée pour les lettres Son père le surnommait «le poète». Adolescent, le jeune Simoncini préférait Baudelaire aux manuels de maths. Mais, comme papa, ingénieur et ancien DRH de France Télécom, il a suivi la voie scientifique en s’inscrivant, après son bac D, à l’Ecole supérieure d’informatique de Paris. Une révélation. «Je passais mes nuits à bidouiller des logiciels», raconte-t-il. Le jeune homme a quitté les cours au bout de deux ans, sans diplôme, pour travailler. Et aujourd’hui encore, cet hyperactif – il dort quatre heures par nuit – consacre ses soirées à son PC, week-end compris. «C’est le plus calé d’entre nous en informatique», reconnaît Pierre Kosciusko-Morizet, patron de PriceMinister.

Son expérience du Minitel rose Comme Xavier Niel, le patron de Free, Marc Simoncini a débuté sa carrière dans les messageries coquines au milieu des années 1980. Grâce à 3 000 euros prêtés par son père, il a fondé sa première boîte, spécialisée dans les serveurs de rencontres, qui comptait à son actif le célèbre 3615 Gay. Un business lucratif, qu’il a dupliqué sur Internet en créant Meetic, en 2002. Le déclic lui est venu d’un dîner avec trois copains divorcés. Et l’expérience engrangée sur le Minitel s’est révélée précieuse. «Je savais tout des logiciels qui permettent de lutter contre la prostitution et les clients indélicats, j’ai évité pas mal d’erreurs», explique-t-il. Réputé sûr, Meetic a rencontré un succès immédiat auprès des femmes, qui représentent aujourd’hui 50% des abonnés.

Son côté bling bling En 2000, la vente de son portail Internet iFrance à Jean-Marie Messier aurait dû le couvrir d’or. Mais son magot – 47 millions d’euros – lui a été versé aux deux tiers en actions Vivendi, dont le cours s’est effondré quelques mois plus tard. «J’ai récupéré juste assez pour m’acheter un loft à Paris», raconte Simoncini. Il lui faudra attendre 2004 pour devenir riche : l’introduction en Bourse de Meetic lui a rapporté 13 millions d’euros. De quoi s’autoriser quelques menus plaisirs. Comme cette collection d’une quinzaine de montres de luxe composée d’une Jaeger-LeCoultre en édition limitée, d’une Rolex Daytona et de plusieurs Panerai, la marque italienne prisée de la jet-set. Le tout estimé à 100 000 euros. Pour plaire à son épouse, Laurence – ils sont mariés depuis quatorze ans – il a aussi acheté plusieurs tableaux d’art contemporain, dont un monochrome noir de l’Anglais Jason Martin, évalué 140 000 euros. Autre folie : ce passionné d’aviation s’est offert un Cessna pour rentrer border ses deux enfants, Léa et Ugo, après chacune de ses visites dans ses filiales européennes. Mais pas question, quand on a eu un grand-père communiste, de s’expatrier dans un pays à la fiscalité arrangeante. «Rester en France quand on a de l’argent, c’est comme militer à gauche», a-t-il coutume d’ironiser.

Sa dent contre les banquiers Affable et souriant, Marc Simoncini sort les crocs dès qu’approche un financier. Ses réunions avec les analystes tournent souvent à l’aigre : il soupire, lève les yeux au ciel et s’agace ostensiblement des questions posées. La raison ? «Il reproche au monde des affaires de ne pas avoir cru en Meetic», décrypte Marc Oiknine, associé au fonds 3i. Seul Benoist Grossmann, responsable d’AGF Private Equity, trouve grâce à ses yeux : les deux hommes, qui skient ensemble à Avoriaz, où Simoncini possède un chalet, se sont connus en 2000, quand Grossmann a piloté le rachat d’iFrance pour le compte de Vivendi. L’homme des AGF est le seul investisseur que Simoncini ait fait entrer au capital de Meetic. «Marc préfère s’entourer de copains en qui il a confiance», explique l’intéressé. Une sélection drastique qui explique son peu d’empressement à développer son réseau. Même avec Jean-Marie Messier, son seul relais connu dans le business (il a d'ailleurs conseillé Meetic dans l'acquisition des activités européennes de Match.com) dans les discussions débordent souvent le cadre professionnel : leurs femmes ont fait ensemble les 400 coups à la faculté de droit d’Assas.

Son management de faux cool Avec son teint hâlé, ses jeans et ses bottes de motard, Simoncini cultive l’image d’un cyber-entrepreneur sympa et accessible. Ce qui ne l’empêche pas de mettre une pression terrible sur ses collaborateurs. «Je leur demande l’impossible pour qu’ils se dépassent», reconnaît ce maniaque du contrôle à distance, qui peut envoyer 100 mails par jour lorsqu’il est en vacances. Nombre de ses cadres n’ont pas tenu le rythme. Ainsi son ancien directeur général, Christophe Salanon, parti en 2006 pour raisons de santé. «J’ai fait un burn-out», a reconnu le malheureux en quittant l’entreprise. Idem pour l’ex-directrice du marketing, Cécile Moulard, débauchée chez Amazon. «Elle a craqué et fondu en larmes le jour de son départ», se souvient une salariée. Quant aux trois dirigeants actuels de Meetic, Philippe Chainieux, Sandrine Leonardi et Emmanuel Prévost, ils fument comme des pompiers pour suivre le rythme d’enfer imposé par leur boss. «Moi j’ai arrêté il y a deux ans, sans patchs ni pilules», fanfaronne Simoncini.

Sa guerre au couteau contre Match.com L’histoire, jamais racontée, mérite de figurer dans les manuels de management. En 2007, Meetic a recruté un directeur international au profil impeccable, nommé Arnaud Jonglez : diplômé d’Harvard et ancien de Lycos. Seul problème : après trois jours dans les murs, l’homme a pris la poudre d’escampette pour aller diriger la filiale française de Match.com, le grand rival américain de Meetic. «Je me suis fait avoir comme un bleu», confesse Simoncini, qui a aussitôt lancé une énorme campagne de pub européenne pour écraser son concurrent. Cette riposte, pas prévue, lui a coûté en 2008 la bagatelle de 15 millions d’euros. Mais Match.com a dû admettre sa défaite : le 19 février, l'Américain a cédé tous ses filiales européennes au leader français. Mettant ainsi fin à une coûteuse guerre marketing. Une sacrée revanche pour Simoncini : en 2003, il avait repoussé les avances de Match.com qui voulait le racheter. Déclenchant l'offensive de ce dernier en Europe. Désormais, le voilà seul sur ses terres.

Caroline Michel

© Capital

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